Chad haussa les épaules, trop habitué à feindre l’irresponsabilité. « Papa a dit que c’était légal. Pourquoi ne le croirais-je pas ? »
Mon père intervint aussitôt, soucieux de reprendre le contrôle du récit. « Nous avons fait un excellent usage de l’argent. La dette de votre frère est réglée. Il est à l’abri de ces gens-là. »
Dette. Ce mot pesait lourd. À l’abri de ces gens-là. La façon dont papa l’a prononcé en disait long sur ce qu’il ne disait pas.
« Vous voulez me dire toute la vérité maintenant », dis-je à voix basse, « ou dois-je la découvrir par le biais d’une procédure légale ? »
« Quelle vérité ? » rétorqua Chad, l’irritation transparaissant dans sa voix. « Ce n’est qu’une maison. »
« Vraiment ? » ai-je dit. « Parce que quand je suis parti, la maison était payée. Titre de propriété clair. Aucune hypothèque. Pour que vous puissiez vendre assez vite et rembourser vos dettes urgentes, il vous fallait des acheteurs au comptant. Autrement dit, vous étiez dans une situation désespérée. À qui ai-je contribué ? »
Le regard de Chad se détourna.
J’ai senti le changement. Le moment où ils ont compris que je n’étais pas perdue. Que je n’étais pas confuse. Que je suivais le chemin.
« Jeux d’argent ? » demandai-je calmement. « Drogue ? Prêts usuraires ? Qu’est-ce que c’est cette fois-ci ? »
Le visage de mon père s’empourpra. « Arrête de parler à ton frère comme s’il était un criminel ! »
« Ma maison a disparu », dis-je, mon calme se muant soudain en une voix plus tranchante. « La maison que j’avais achetée avec mon propre argent et reconstruite de mes propres mains n’existe plus. Alors oui, je me pose des questions. »
« Tu étais parti ! » hurla-t-il, et sa voix déchira le calme du quartier. « Toujours parti ! Toujours en mission par-ci, en affectation par-là ! Tu te crois supérieur à tout le monde parce que tu portes cet uniforme ! »
La colère montait en moi, mais j’ai gardé une voix calme.