
C’est une adultification forcée. La mère, en agissant ainsi, a privé sa fille de son droit à l’adolescence. Elle l’a jetée en pâture dans un univers d’adultes, la rendant complice malgré elle d’une situation malsaine. Les dégâts psychologiques d’une telle expérience sont incommensurables. Le sentiment de culpabilité, la confusion entre l’amour et l’utilisation, l’incapacité à définir ses propres limites physiques et émotionnelles sont des cicatrices qui mettent des décennies à se refermer, si tant est qu’elles se referment un jour complètement.
La Mécanique du Silence et la Difficulté de Parler
Ce qui frappe également dans ce récit, c’est la durée du silence. Pourquoi a-t-il fallu tant d’années pour que ces vérités éclatent au grand jour ? La réponse réside dans la mécanique même des traumatismes intrafamiliaux. Lorsque l’abuseur, ou le complice de l’abus, est le parent protecteur, le cerveau de l’enfant disjoncte. Pour survivre émotionnellement, la victime développe des mécanismes de défense complexes, tels que le déni, la dissociation ou l’amnésie traumatique.